CAMUS tellement actuel …

Je réagis volontiers au documentaire « Albert Camus, l’icône de la révolte » proposé le 4 janvier dernier par la chaine Public Sénat, documentaire proposé à l’occasion de l’anniversaire son tragique décès. Plus de 60 ans nous sépare de sa terrible disparition et il est pourtant toujours aussi actuel. Dans un monde trop souvent dominé par la haine, le clivage et l’absence de discussion sa parole porte plus que jamais. Et pourquoi donc ? Je tente ici d’en décrypter quelques symboles.

Revenons aux origines. Albert CAMUS est né en 1917. Il vient d’une famille simple française et modeste. Sa mère était illettrée et la famille CAMUS habitait dans le quartier de Belcourt à Alger, un quartier populaire qui à tout de ce que l’on appellerait aujourd’hui une cité.

Son père a quitté ce monde dans la toute jeunesse d’Albert, blessé mortellement pendant la première guerre mondiale. Rien ne le prédisposait à autant du succès si ce n’est son talent. C’est grâce à la ténacité de l’un de ses instituteurs de l’époque que le jeune CAMUS est encouragé à découvrir les livres. Ce Monsieur Louis GERMAIN, instituteur de CAMUS a su détecter chez ce jeune gamin le talent, la sensibilité. C’est ce personnage ordinaire et pourtant centrale de l’école laïque qui à si fortement encouragé le jeune CAMUS à l’époque. Il remplacera quelque part ce Père disparu trop vite. C’est surtout l’histoire d’une rencontre entre un petit gamin pauvre et un instituteur exceptionnel au grand cœur qui a favorisé l’éclosion d’Albert et il lui en sera éternellement reconnaissant. Ce parcours illustre parfaitement la puissance qu’à l’école de la République dans l’éclosion des talents mais aussi et surtout la passion d’un corps professoral complétement tournée vers ses élèves et leurs réussites. L’ascenseur social à fonctionné correctement pour Albert CAMUS et dans une période aussi troublée que celle que nous traversons, l’école de la République doit redevenir un des moyens centrales d’espérance et de méritocratie pour tous.

« Il m’est arrivé de l’oublier, moi seul ou mes défauts en sommes responsables, et non le monde où je suis né »

ALBERT CAMUS

CAMUS est surtout un protecteur d’une vision du monde, de l’humanité. C’est un homme qui dévore la vie, adepte des bonheurs simples comme une promenade ou un simple match de football. La tuberculose détectée chez lui l’éloigne malheureusement du sport, mais aussi de l’armée et de la guerre car il se trouve démobilisé. Ce recul lui sera précieux pour écrire sur la guerre, les conflits entre les hommes et avoir des mots pour initier la réflexion et l’apaisement. Il s’encarte au parti communisme mais il comprends très rapidement à se méfier des appareils politiques. Lui préfère ses réflexions, sa paroles libres à celles imposées par des doctrines diverses. Il condamne l’endoctrinement.

Son succès vient de son roman l’Etranger. Un roman qu’il publie en 1942. L’histoire d’un homme simple qui parle peu et qui ne se plie pas aux codes sociaux. Ce MEURSAULT est en dehors des conventions mais sa réalité complétement en dehors des conventions le conduit, après une succession d’événements et de rencontres absurdes à la mort. Le héros malgré lui de ce roman est une sorte de « rebelle épris d’une forte liberté ». Rejetant dogme et système, il veut mettre en pratique son idéal humaniste. Plusieurs artistes s’inspireront largement de l’œuvre de CAMUS comme The CURE ou Patti SMITH.

Lors de l’occupation, CAMUS résiste à l’occupation et rejoint le journal « Combat ». Il en sera le rédacteur en chef. C’est durant cette période très productive qu’il développe sa connexion avec les autres. La solidarité obligatoire des résistants a profondément marqué son rapport aux choses.

« Un journal, c’est la conscience d’une Nation »

ALBERT CAMUS

C’est un solitaire mais solidaire ! Sa série de lettres à un ami Allemand est un formidable appel au dialogue, à l’écoute des autres ; un appel ferme à la réconciliation. Un appel qui devrait nous faire réfléchir à la puissance de la discussion et à l’intérêt de trouver des compromis dans notre société. A l’heure des réseaux sociaux, ce dialogue direct et francs est plus que jamais nécessaire ! CAMUS est un défenseur de la fraternité, une notion qu’il est nécessaire de nos jours de faire vivre à nouveau au delà des 280 caractères d’un tweet …

A la sortie de la guerre, il avait si vite su identifier la menace sur le monde qu’est la menace nucléaire. Encore un sujet qui malheureusement occupe notre triste actualité avec L’iran, la Corée du Nord … Fortement attaché à l’Algérie, CAMUS s’engagera fortement pour l’indépendance progressive du peuple Algérien et l’émancipation de celui-ci.

CAMUS nous interroge plus que jamais sur la révolte et l’opposition. Elle est selon lui légitime car elle permet d’orienter l’homme vers l’espoir. Elle sort l’homme de la solitude et l’engage dans un destin collectif contre la tyrannie et la servitude et cela doit nous éclairer sur le nouveau visage de nos luttes à l’heure d’un état qui devient de plus en plus policier. Les gardiens de la Paix deviennent des forces de l’ordre. Il faut, comme il le disait pacifier et discuter, c’est notre seule chance de cohabiter.

« Je me révolte, donc nous sommes. »

ALBERT CAMUS

L’écoute de son discours à Oslo lors de la remise de son prix Nobel de littérature m’a beaucoup bouleversé. Ce discours d’une grande qualité est aussi terriblement actuel. Les mots prononcés étaient terriblement engagés en ce 10 octobre 1957. Il y évoque et développe ses idées sur son métier, celui d’écrivain et sur son art, l’écriture. Ce discours est véritablement à l’image de cet homme, de sa vie et de ses combats. Il décrit l’écrivain solitaire qui peut, du haut de sa tour d’ivoire devenir complétement déconnecté de la vie réelle. CAMUS insiste surtout sur l’obligation pour l’écrivain et son engagement qui doit être ciblé exclusivement sur ceux qui subissent et non au service de ceux qui font l’histoire. Des paroles fortes qui portent et qui doivent plus que jamais nous interroger sur le pouvoir des média et l’objectivité des groupes de presse au regard de l’actualité. Ce discours n’est pas un règlement de compte, mais un véritable projet pour la liberté et l’espérance. C’est entre autre, grâce à ce discours que CAMUS affirme sa stature mondiale.

« Chaque génération sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse ».

ALBERT CAMUS

C’est cette parole si juste qui m’a le plus marqué et fait réfléchir. Elle est dans la parfaite ligne de conduite que je me suis fixée vis à vis de mes engagements. Essayer à ma modeste place, simplement et avec bon sens, de faire vivre la cité en privilégiant le dialogue, la construction et le respect des autres. C’est ce qui marque mon action quotidienne en particulier dans la vie associative et dans mes engagements politiques. J’ai fais les mêmes constats que CAMUS sur les appareils politiques et je m’en tiens maintenant à bonne distance, conscient que la société civile à bien plus de pouvoir, non pas pour changer le monde, mais pour essayer de l’améliorer de manière concrète avec des actions.

À 46 ans, il meurt dans un accident de voiture en Bourgogne, laissant son ultime ouvrage, Le Premier Homme, dans son coffre, inachevé mais sa parole éclaire et éclairera toujours nos pensées et nos actions …

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